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Lundi 15 janvier 2007

Silhouettes de dentelles muées par le fil hypnotique

Se reflétant sur le vinyle des éros nécrobies

Elles dansent, macabres, dans la crypte du beat

Où la swastika stroboscopique fragmente leurs visages fantomatiques

Fuite de la réalité dans l’interface du néant

Suintant à travers les pierres sacrées

Sanctuaire roman des âmes irréligieuses

Les anciens-nés pervertis par l’amoralité

Des machines soufflant la métrie d’une divinité étireuse,

D’un chaos constant dans la mesure,

D’une fébrilité de l’instant dans la césure.

Et les cris des vies-damnées résonnent en chœur

Brûlant sur les bûchers de la science

L’architecte observe ses enfants de cœur,

Fulgurance du sowilo noir sur l’omnipotence

Sur l’impossible omniscience d’une chimère

Qui pèse sur les ombres furtives,

Comme une résille enserrant la vie amère

Pour l’étouffer, la modeler en définitive.

Les regards éthérés dans l’absinthe du présent

Se croisent pour conjurer les chaînes du passé,

Les procès d’intolérances intemporels mais éffacés,

Mêlant leurs déviances chirurgicales dans cet eksistant.

Par Herr Ravensorg - Publié dans : SCHADENFREUDE
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Lundi 15 janvier 2007

Le temps disparait dans les limbes alcoolisées aux vapeurs sulfureuses

Où les corps synthétiques se meuvent, se touchent dans l’obscurité qliphotique

L’oubli vient, envahit l’esprit comme une ivresse nébuleuse

Enveloppe le manque lancinant, qui nourrit l’angoisse érotique

La musique martèle nos tympans, rythmant nos spasmes gestuels

Les approches entropiques de nos aveux symboliques

Sous des regards dérobés esquivant la tension idyllique

Les mots s’effacent dans des silences annonciateurs

D’une tempête des âmes sœurs

Où la solubilité immanente des cœurs convergent

Tes yeux sombres sont des abîmes où mon âme se noie

Et tes cheveux des vagues où mes doigts se perdent

Dans l’océan des émotions qui nous submergent

Jusqu’à ce que nos vaisseaux charnels dérivent

Et s’arriment sur nos lèvres en émoi

Vient le duel,

La friction sensuelle des épidermes frissonnant

Célébrant l’eros triomphant

Le croisement humide des langues serpentines

Dont l’alchimie s’affine

Les caresses enflamment ton éden

Alors que la foule s’ébroue et le temps s’arrête

Tu te sublimes comme une sirène

Tourbillonnant dans les flots du plaisir

Transcendée par la puissance du désir

Libre et sereine dans la plénitude de l’être

Tu vibres sur les va et vients démoniaques

D’un doigté sur une lyre dionysiaque.

Par Herr Ravensorg - Publié dans : SCHADENFREUDE
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Lundi 15 janvier 2007

Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes.
Les premiers principes doivent être hors de discussion.
J'accepte Euripide et Sophocle ; mais je n'accepte pas Eschyle.
Ne faites pas preuve de manque des convenances les plus élémentaires
et de mauvais goût envers le créateur.
Repoussez l'incrédulité : vous me ferez plaisir.
Il n'existe que deux genres de poésies ; il n'en est qu'une.

Il existe une convention peu tacite entre l'auteur et le lecteur, par
laquelle le premier s'intitule malade, et accepte le second comme
garde-malade. C'est le poète qui console l'humanité ! Les rôles sont
intervertis arbitrairement.
Je ne veux pas être flétri de la qualification de poseur.
Je ne laisserai pas de Mémoires.
La poésie n'est pas la tempête, pas plus que le cyclone. C'est un
fleuve majestueux et fertile.
Ce n'est qu'en admettant la nuit physiquement, qu'on est parvenu à la
faire moralement. Ô nuits d'Young ! vous m'avez causé beaucoup de
migraines !
On ne rêve que lorsque l'on dort. Ce sont des mots comme celui de rêve,
néant de la vie, passage terrestre, la préposition peut-être, le
trépied désordonné, qui ont infiltré dans vos âmes cette poésie moite
des langueurs, pareille à de la pourriture. Passer des mots aux idées,
il n'y a qu'un pas.
Les perturbations, les anxiétés, les dépravations, la mort, les excep-
tions dans l'ordre physique ou moral, l'esprit de négation, les abrutis-
sements, les hallucinations servies par la volonté, les tourments, la
destruction, les renversements, les larmes, les insatiabilités, les
asservissements, les imaginations creusantes, les romans, ce qui est
inattendu, ce qu'il ne faut pas faire, les singularités chimiques de
vautour mystérieux qui guette la charogne de quelque illusion morte,
les expériences précoces et avortées, les obscurités à carapace de
punaise, la monomanie terrible de l'orgueil, l'inoculation des stupeurs
profondes, les oraisons funèbres, les envies, les trahisons, les tyran-
nies, les impiétés, les irritations, les acrimonies, les incartades
agressives, la démence, le spleen, les épouvantements raisonnés, les
inquiétudes étranges, que le lecteur préférerait ne pas éprouver, les
grimaces, les névroses, les filières sanglantes, par lesquelles on fait
passer la logique aux abois, les exagérations, l'absence de sincérité,
les scies, les platitudes, le sombre, le lugubre, les enfantements pires
que les meurtres, les passions, le clan des romanciers de cours d'assises,
les tragédies, les odes, les mélodrames, les extrêmes présentés à perpé-
tuité, la raison impunément sifflée, les odeurs de poule mouillée, les
affadissements, les grenouilles, les poulpes, les requins, le simoun des
déserts, ce qui est somnambule, louche, nocturne, somnifère, noctambule,
visqueux, phoque parlant, équivoque, poitrinaire, spasmodique, aphrodi-
siaque, anémique, borgne, hermaphrodite, bâtard, albinos, pédéraste,
phénomène d'aquarium et femme à barbe, les heures soûles du découragement
taciturne, les fantaisies, les âcretés, les monstres, les syllogismes
démoralisateurs, les ordures, ce qui ne réfléchit pas comme l'enfant, la
désolation, ce mancenillier intellectuel, les chancres parfumés, les
cuisses aux camélias, la culpabilité d'un écrivain qui roule sur la pente
du néant et se méprise lui-même avec des cris joyeux, les remords, les
hypocrisies, les perspectives vagues qui vous broient dans leurs engrena-
ges imperceptibles, les crachats sérieux sur les axiomes sacrés, la
vermine et ses chatouillements insinuants, les préfaces insensées, comme
celles de Cromwell, de Mlle de Maupin et de Dumas fils, les caducités,
les impuissances, les blasphèmes, les asphyxies, les étouffements, les
rages - devant ces charniers immondes, que je rougis de nommer, il est
temps de réagir enfin contre ce qui nous choque et nous courbe si
souverainement. [...]

Par Isidore Ducasse, comte de LAUTREAMONT (1846-1870) - Publié dans : CLASSIQUES
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Lundi 15 janvier 2007

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phoebus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Par Gérard de NERVAL (1808-1855) - Publié dans : CLASSIQUES
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Lundi 15 janvier 2007

Depuis le premier jour de la création,
Les pieds lourds et puissants de chaque Destinée
Pesaient sur chaque tête et sur toute action.

Chaque front se courbait et traçait sa journée,
Comme le front d'un boeuf creuse un sillon profond
Sans dépasser la pierre où sa ligne est bornée.

Ces froides déités liaient le joug de plomb
Sur le crâne et les yeux des Hommes leurs esclaves,
Tous errant, sans étoile, en un désert sans fond ;

Levant avec effort leurs pieds chargés d'entraves ;
Suivant le doigt d'airain dans le cercle fatal,
Le doigt des Volontés inflexibles et graves.

Tristes divinités du monde oriental,
Femmes au voile blanc, immuables statues,
Elles nous écrasaient de leur poids colossal.

Comme un vol de vautours sur le sol abattues,
Dans un ordre éternel, toujours en nombre égal
Aux têtes des mortels sur la terre épandues,

Elles avaient posé leur ongle sans pitié
Sur les cheveux dressés des races éperdues,
Traînant la femme en pleurs et l'homme humilié.

Un soir il arriva que l'antique planète
Secoua sa poussière. - Il se fit un grand cri :
" Le Sauveur est venu, voici le jeune athlète,

" Il a le front sanglant et le côté meurtri,
" Mais la Fatalité meurt au pied du Prophète,
" La Croix monte et s'étend sur nous comme un abri ! "

Avant l'heure où, jadis, ces choses arrivèrent,
Tout Homme allait courbé, le front pâle et flétri.
Quand ce cri fut jeté, tous ils se relevèrent.

Détachant les noeuds lourds du joug de plomb du Sort,
Toutes les Nations à la fois s'écrièrent :
" O Seigneur ! est-il vrai ? le Destin est-il mort ? "

Et l'on vit remonter vers le ciel, par volées,
Les filles du Destin, ouvrant avec effort
Leurs ongles qui pressaient nos races désolées ;

Sous leur robe aux longs plis voilant leurs pieds d'airain,
Leur main inexorable et leur face inflexible ;
Montant avec lenteur en innombrable essaim,

D'un vol inaperçu, sans ailes, insensible,
Comme apparaît au soir, vers l'horizon lointain,
D'un nuage orageux l'ascension paisible.

- Un soupir de bonheur sortit du coeur humain.
La terre frissonna dans son orbite immense,
Comme un cheval frémit délivré de son frein.

Tous les astres émus restèrent en silence,
Attendant avec l'Homme, en la même stupeur,
Le suprême décret de la Toute-Puissance,

Quand ces filles du Ciel, retournant au Seigneur,
Comme ayant retrouvé leurs régions natales,
Autour de Jéhovah se rangèrent en choeur,

D'un mouvement pareil levant leurs mains fatales,
Puis chantant d'une voix leur hymne de douleur
Et baissant à la fois leurs fronts calmes et pâles :

" Nous venons demander la Loi de l'avenir.
" Nous sommes, ô Seigneur, les froides Destinées
" Dont l'antique pouvoir ne devait point faillir.

" Nous roulions sous nos doigts les jours et les années ;
" Devons-nous vivre encore ou devons-nous finir,
" Des Puissances du ciel, nous, les fortes aînées ?

" Vous détruisez d'un coup le grand piège du Sort
" Où tombaient tour à tour les races consternées,
" Faut-il combler la fosse et briser le ressort ?

" Ne mènerons-nous plus ce troupeau faible et morne,
" Ces hommes d'un moment, ces condamnés à mort
" Jusqu'au bout du chemin dont nous posions la borne ?

" Le moule de la vie était creusé par nous.
" Toutes les passions y répandaient leur lave,
" Et les événements venaient s'y fondre tous.

" Sur les tables d'airain où notre loi se grave,
" Vous effacez le nom de la FATALITE,
" Vous déliez les pieds de l'Homme notre esclave.

" Qui va porter le poids dont s'est épouvanté
" Tout ce qui fut créé ? ce poids sur la pensée,
" Dont le nom est en bas : RESPONSABILITE ?

Il se fit un silence, et la Terre affaissée
S'arrêta comme fait la barque sans rameurs
Sur les flots orageux, dans la nuit balancée.

Une voix descendit, venant de ces hauteurs
Où s'engendrent sans fin les mondes dans l'espace ;
Cette voix, de la terre emplit les profondeurs :

" Retournez en mon nom, Reines, je suis la Grâce.
" L'Homme sera toujours un nageur incertain
" Dans les ondes du temps qui se mesure et passe.

" Vous toucherez son front, ô filles du Destin !
" Son bras ouvrira l'eau, qu'elle soit haute ou basse,
" Voulant trouver sa place et deviner sa fin.

" Il sera plus heureux, se croyant maître et libre
" Et luttant contre vous dans un combat mauvais
" Où moi seule d'en haut je tiendrai l'équilibre.

" De moi naîtra son souffle et sa force à jamais.
" Son mérite est le mien, sa loi perpétuelle :
" Faire ce que je veux pour venir OÙ JE SAIS. "

Et le choeur descendit vers sa proie éternelle
Afin d'y ressaisir sa domination
Sur la race timide, incomplète et rebelle.

On entendit venir la sombre Légion
Et retomber les pieds des femmes inflexibles,
Comme sur nos caveaux tombe un cercueil de plomb.

Chacune prit chaque homme en ses mains invisibles.
- Mais, plus forte à présent, dans ce sombre duel,
Notre âme en deuil combat ces Esprits impassibles.

Nous soulevons parfois leur doigt faux et cruel.
La Volonté transporte à des hauteurs sublimes
Notre front éclairé par un rayon du ciel.

Cependant sur nos caps, sur nos rocs, sur nos cimes,
Leur doigt rude et fatal se pose devant nous,
Et, d'un coup, nous renverse au fond des noirs abîmes.

Oh ! dans quel désespoir nous sommes encor tous !
Vous avez élargi le COLLIER qui nous lie,
Mais qui donc tient la chaîne ? - Ah ! Dieu juste, est-ce vous ?

Arbitre libre et fier des actes de sa vie,
Si notre coeur s'entr'ouvre au parfum des vertus,
S'il s'embrase à l'amour, s'il s'élève au génie,

Que l'ombre des Destins, Seigneur, n'oppose plus
A nos belles ardeurs une immuable entrave,
A nos efforts sans fin des coups inattendus !

O sujet d'épouvante à troubler le plus brave !
Questions sans réponse où vos Saints se sont tus !
O mystère ! ô tourment de l'âme forte et grave !

Notre mot éternel est-il : C'ÉTAIT ECRIT ?
- SUR LE LIVRE DE DIEU, dit l'Orient esclave ;
Et l'Occident répond : - SUR LE LIVRE DU CHRIST.

Par Alfred de VIGNY (1797-1863) - Publié dans : CLASSIQUES
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